NOUS NE SOMMES PAS UNE EMOTION. NOUS LA VIVONS.

Nous ne sommes pas coléreux. Nous vivons la colère.
Nous ne sommes pas jaloux. Nous vivons la jalousie.
Nous ne sommes pas joyeux. Nous vivons la joie.
Nous ne sommes pas une émotion. Nous la vivons. Nous sommes distincts l’un de l’autre.

Emotion. De l’ancien français motion, mouvement. En mouvement. Ces troubles, qui nous animent continuellement tout au long de la journée, donnent de la saveur et du relief à nos vies. Nous remarquons souvent que leurs mouvements prennent possession de nos corps, suite à un événement, une situation, une conversation, un être, un paysage, une lecture, une musique, un simple mot. Nous ne pouvons nier la force et l’influence que ces émotions exercent sur nous. Notre corps et notre esprit vibrent au son de leurs énergies et sont traversés par des états émotionnels semblables à des montagnes russes.

Les émotions participent au processus homéostatique – processus biologique de régulation par lequel notre organisme maintient son équilibre physiologique interne malgré les contraintes extérieures. C’est par l’homéostasie que nous arrivons par exemple à maintenir notre température corporelle, notre pression artérielle ou notre rythme cardiaque. Lorsque nous rencontrons une émotion perturbant notre corps, il y a mise en route de mécanismes tendant à ramener les constantes corporelles à leurs conditions initiales.

 

Comprendre et reconnaître une émotion

Une émotion déclenche des sensations physiologiques qui nous transmettent un message qui demande à être entendu. Des manifestations significatives telles que rougissement, palpitations, tensions corporelles, fourmillements, sensation d’être noué(e), et tant d’autres expressions de notre corps nous rappelant qu’il vit.

Mais prenons nous le temps de l’écouter?

Lorsqu’une émotion arrive, la biologie de notre corps change. Les modifications que l’émotion entraîne, provoque des réactions physiques désirées, ou non. Un simple mot prononcé par un être aimé – l’événement – peut faire naître de la tristesse – composante cognitive qu’est l’émotion – et appeler quelques larmes – réaction physiologique.

Tout comme un autre mot emballerait le coeur suite au plaisir ressenti. Des émotions appréciées valorisent généralement notre estime de soi et nous conforte dans un bien-être recherché. Alors que les agitations intérieures non souhaitées provoquent des réactions internes et externes que nous ne préférerions ni ressentir ni vivre. Qui n’a jamais été pris d’une colère excessive apportant un soulagement momentané suivi d’un sentiment de culpabilité voir d’une nouvelle colère mais envers soi-même ou contre nos réactions que nous ne souhaitions pas ainsi?

Nous définissons souvent une émotion comme bonne ou mauvaise. Cependant, il convient de ne pas attribuer de valeurs aux ressentis car ceux que nous vivons comme déplaisants peuvent devenir bénéfiques pour comprendre une évolution, une transformation de soi ou de son environnement.

Nous sommes bouleversés par des manifestations physiologiques lors de l’arrivée d’une émotion. Il est fréquent que l’émotion soit déclenchée par un événement extérieur, néanmoins elle nous appartient. Nous pouvons donc agir sur elle et décider de son devenir. L’homéostasie tente de rétablir l’ordre interne perturbé par les effets de l’émotion. Malgré tout, lorsque la composante cognitive prend le relais – quand l’émotion agit sur l’esprit – le processus homéostatique peine à réajuster nos constantes biologiques.

Lorsque ces manifestations surviennent, il se passe quelques millisecondes définissant un espace temps dans lequel nous pouvons accueillir l’émotion qui s’installe. Être attentif à son émotion peut avoir un impact significatif sur notre capacité à prendre de meilleures décisions, en accord avec notre véritable personnalité. Être attentif offre une distance permettant de rendre une situation moins stressante et donc favoriser l’homéostasie.

C’est lors de cet espace-temps de quelques millisecondes – l’approche corporelle – que nous devons observer le mouvement que produit l’émotion, écouter son corps avant de se laisser envahir par le bavardage mental libéré par notre esprit. Rapidement il met des mots sur l’émotion, l’identifie, engendre des analyses fondées sur notre vécu, nos expériences, et nous conduit souvent vers un engrenage ascensionnel de pensées et réactions non souhaitées.

 

Accueillir une émotion

Première phase : L’approche corporelle.

  • Ressentir le mouvement que provoque l’émotion qui parcourt notre corps en localisant ses effets.
  • Prendre une grande et lente respiration puis observer les effets sans chercher de solutions immédiates, ni à poser des mots sur l’émotion ou à l’analyser.

Lors de l’inspiration, nous pouvons constater la prise de distance  – évoquée plus haut – qui s’installe entre l’émotion et notre conscience et crée un premier apaisement, physique et mental. Le corps et l’esprit se détendent. Les sensations sont toujours présentes mais se montrent plus légères.

  • Il n’est pas là question d’interrompre, rejeter ou “mettre au placard” l’émotion, mais de pouvoir l’étudier avec calme après l’avoir apprivoisé.

Deuxième phase: Le rapprochement cognitif.

Le trouble étant désamorcé, notre psychique peut s’interroger sur les causes réelles de cette émotion avec plus de sérénité. Nous agirons en fonction d’une meilleure connaissance des faits et du ressenti qu’ils ont provoqués. Nous pouvons conduire l’émotion vers une transformation positive. L’expression verbale et les réactions comportementales deviennent un plus juste reflet de nous-même.

 

Emotions multifactorielles

Une émotion se construit souvent à partir de plusieurs ressentis et sentiments. Les stimuli peuvent être de valeurs similaires – tristesse et frustration portant une résonance déplaisante – ou de valeurs discordantes – enthousiasme mêlé de culpabilité.

Il peut s’agir aussi d’un sentiment qui couve et auquel on ne prend pas le temps de s’intéresser soulevant d’autres émotions alors déclenchées par une situation non relative à ce premier sentiment.

 

Le rejet de l’émotion

Un ressenti auquel nous ne prêtons pas attention, ou que nous pensons effacer en le balayant de notre corps et de notre esprit, s’enfuit et se cache dans les interstices de notre inconscient. Ce réflexe révèle un refus de voir la réalité sous prétexte qu’elle dérange. Pour éviter d’être davantage bousculé(e) émotionnellement, le malaise intérieur est souvent projeté sur la cause extérieure, déclinant ainsi toute responsabilité de notre implication à la situation.

Cependant, en étouffant nos émotions – pensant avoir la paix – nous les conduisons vers une extériorisation possiblement éprouvante: actes regrettables, déséquilibres physiques, troubles chroniques poussant parfois jusqu’à des maladies psychiques ou corporelles profondes.

Les émotions à connotation positive peuvent être rejetées en dérangeant par exemple un état dépressif. Tant que les blocages poussant vers cet état ne seront résolus, toutes émotions constructives au bien-être ne pourra être accueillies.

 

 

Chacun de nous possède un paysage émotionnel vaste. Sa compréhension nous invite à une meilleure connaissance de soi, à transformer des pensées, croyances, blocages gênant notre épanouissement, à apprivoiser nos émotions pour évoluer vers l’équilibre intérieur recherché. Connaître et reconnaître nos émotions favorise également la perception de celles d’autrui et amène à une amélioration de notre communication.

 

Ecrit par Anne-Gaëlle Berthier – Astropsychologue

Illustration par Clément P.